Focus sur les Éditions 2024


Les Éditions 2024

Les Éditions 2024 sont une maison d’édition de bande dessinée française créée en 2010 par Olivier Bron et Simon Liberman. Ils publient trois à quatre livres par an et rééditent des livres anciens, par exemple deux livres de Gustave Doré, Des-agréments d’un voyage d’agrément (1851) et L’Histoire de la Sainte Russie (1854), en 2013-2014.

Les Éditions 2024 produisent également des expositions fondées sur les livres publiés. L’exposition Jim Curious a ainsi été montrée au Festival d’Angoulême, à La Ferme du Buisson lors du Festival Pulp, ainsi que dans diverses médiathèques. Lignes de Guillaume Chauchat, a été montée au Festival d’Angoulême ainsi qu’au Festival BD de Colomiers en novembre 2015.

Ce qui les anime ? « créer un catalogue de livres illustrés et de bandes dessinées, accompagner des démarches d’auteurs cohérentes, et soigner la fabrication des livres. Notre cœur palpite d’abord pour de jeunes autrices et auteurs talentueux, comme Sophie Guerrive, Simon Roussin, Matthias Picard… mais nous aimons également, de temps à autres, remettre en lumière quelques chefs d’œuvres du patrimoine dessiné. Nous créons également de façon régulière d’étourdissantes expositions prolongeant l’univers de nos livres ».

2019 marque le début d’une nouvelle aventure, avec la création d’une collection de livres jeunesse : 4048.

© Éditions 2024

© Éditions 2024

Clément Paurd

© Éditions 2024

Clément Paurd, dont La Traversée est la première bande dessinée, partage plus que son immense talent avec une proportion significative du catalogue 2024 : il est trentenaire, plutôt barbu, plutôt grand et il est diplômé de l’atelier d’illustration de la HEAR (qu’on appelait encore les Arts décoratifs de Strasbourg).  Il fait ainsi partie de la glorieuse aventure Belles Illustrations, classieux fanzine paru entre 2008 et 2011. Il est aussi, dans cette période, lauréat du concours Jeunes Talents d’Angoulême.

Firmin et son Capitaine, héros de cette Traversée, font d’ailleurs leur première apparition dès le numéro 1 de Belles Illustrations ! Mis en sommeil et repris plusieurs fois, ce livre mûrit ainsi depuis près de dix ans !

Les images de Clément apparaissent ensuite dans Libération, XXI, ou aux Éditions Gallimard Jeunesse. Il accompagne aussi, pendant quelques temps, Jean-Christophe Menu dans l’aventure éditoriale l’Apocalypse. Le regard tourné vers l’horizon, fort d’une bravoure et d’une curiosité sans borne, il a bourlingué en mobylette tout autour du monde, vécu à Paris, puis Montréal, puis Paris. Depuis cette année, il enseigne l’illustration au sein de la HEAD de Genève.

Venez découvrir… La Traversée de Clément Paurd publiée aux Éditions 2024. 

Interview de Clément Paurd

1. Comment est née cette idée de voyage à la Beckett, d’un capitaine et un soldat, par monts et par vaux, dans un décor rappelant les jeux de plateau où il faut progresser, méthodiquement, vers la droite ?

 

Si je me suis en effet inspiré de Samuel Beckett pour l’écriture de La Traversée, ses origines graphiques puisent plus du côté de l’image d’Épinal — et plus spécifiquement de l’imagerie populaire de Wissembourg — que du côté de MarioBros. J’ai eu la chance de découvrir la richesse de ces images locales, datant du XIXe siècle, pendant mes années d’études à Strasbourg — en particulier des planches de bataillons de soldats. Produites pour la jeunesse, elles étaient destinées à être découpées pour constituer des armées de papier. 

Ces images de bataillons contiennent tout le vocabulaire graphique de La Traversée : échelle constante du dessin, soldats alignés en rang d’oignon dans diverses attitudes sur plusieurs lignes horizontales, personnages caractérisés par leurs uniformes et leurs accessoires, socles pour la découpe qui situent les figurines de papier dans un environnement (en lieu de décor), époque et contexte historique. 

L’idée de donner vie à deux de ces soldats inertes aboutit en 2008 à une première version en six pages publiée dans notre revue collective Belles Illustrations. Cette première bande dessinée pose la trame narrative reprise dans le livre et donne naissance aux personnages : Firmin et son Capitaine, le mendiant, le petit chien, la chèvre… ainsi qu’à certaines situations que j’ai conservées, l’exil rural, l’incendie, l’épilogue en miroir…

2. Il y a une dimension de défi consistant à maintenir une narration dans un univers répétitif ? De trouver des stratagèmes pour maintenir de la tension, des surprises, des coups du sort, mais aussi des jeux sur les quelques détails de leurs costumes (chapeaux, tunique, sac…) ?

 

Le projet du livre est de suivre la pérégrination des deux soldats dans un décor que j’ai voulu le plus souvent dépouillé. Ce système graphique libère l’espace nécessaire aux dialogues que portent les personnages. Eux-mêmes sont portés par des saynètes — socles en forme de lande de terre ou de rochers — qui viennent rythmer la progression du récit.

Dans cette économie de moyens, je porte une attention particulière à tout détail susceptible de devenir narratif pour maintenir l’intérêt du lecteur. La répétition de mon duo m’oblige à réinventer sans cesse sa gestuelle. Ainsi je travaille la lanière d’un fusil pour traduire la tension d’un personnage ou un chapeau plus mou pour exprimer la tristesse ou le désarroi.

3. Tes changements de palette de couleurs sont du plus bel effet dans cette longue journée sans sommeil. Comment as-tu travaillé ?

 

C’est une belle image ! En effet, de l’Aube à la Nuit, aucun des personnages n’a de véritable répit et encore moins de repos. En superposant la couleur à la progression des personnages, je lui confère un rôle narratif. Par exemple, les variations de teinte du décor traduisent l’état psychologique des différents personnages face aux épreuves rencontrées. Tantôt guide, réaliste ou narrative, la couleur joue un rôle essentiel dans La Traversée. Elle est avec le nom des chapitres le seul indicateur et repère temporel dans le récit. Elle parcourt l’ensemble du livre tout en le scindant en parties identifiables. Pour chaque chapitre, j’ai déterminé une palette limitée de couleur tout en essayant qu’ils se lient les uns aux autres par une certaine logique. La couleur de l’un annonce la couleur de l’autre.

4. Parle-nous du format final du livre et des raisons de ce choix…

À l’origine, j’imaginais La Traversée dans un format classique d’album qui permettait de conserver l’échelle des personnages utilisée dans les planches de bataillons de soldats du XIXe siècle. Comme cela parle d’espace parcouru, j’ai naturellement dessiné sur un grand format les pages originales. Avec les éditions 2024 s’est rapidement posé le problème du ratio format/pagination pour des raisons évidentes de coût de fabrication du livre. Un des autres arguments de mes éditeurs étant le confort de lecture d’une pagination aussi importante dans la tradition du feuilleton littéraire.


Nous avons finalement décidé ensemble de réduire le format, pour l’inscrire à la suite de Canne de Fer et Lucifer de Léon Maret et du Capitaine Mulet de Sophie Guerrive, qui sont tous deux des livres de chevet. Enfin, ce format m’a permis de concevoir ma couverture en clin d’œil à celles des romans d’aventures typiques du début XXe tels que les Jules Verne des éditions Hetzel que j’affectionne aussi particulièrement.